Edouard FLEURY

Mercredi 6 octobre 2021


Vous avez tous remarqué cette belle demeure bourgeoise donnant sur la place de l’église dans un parc arboré clos de murs, limité au nord par le chemin de St Pierre et à l’ouest par la rue du Mont. (demeure visible au n°7 de la Place de l’Eglise).

C’est dans cette agréable habitation, qu’il avait fait bâtir, que résida Edouard Fleury. C’est là qu’il a travaillé et écrit, auprès de sa plus fidèle collaboratrice, sa femme : Marie-Louise Chevergny.

Journaliste et écrivain, historien et archéologue, cet homme a grandement œuvré pour faire connaître notre patrimoine, l’histoire et les richesses de notre département.

Edouard FLEURY, ou selon l’état-civil Victor Edouard HUSSON dit FLEURY, était né à Laon, rue Bourbon, le 7 septembre 1815, descendant par son père (Pierre Antoine Husson dit Fleury) de Nicolas Husson, vigneron à Vaux-sous-Laon vers 1680-1700, et descendant par sa mère (Mélanie Joséphine Duflot) de Nicolas Marquette.


L’HOMME ET SON OEUVRE

JOURNALISTE

Écrivain, auteur de deux feuilletons « Rivaux et amis » et « Moine et orgueil » publiés en 1840, il fait ses premières armes dans le « Journal de l’Aisne » dont il deviendra Directeur gérant de 1841 à 1862.

Le Journal de l’Aisne, un quotidien plein d’intérêt, présente les actualités locales, nationales et internationales, les faits divers. Il rend compte des manifestations et événements concernant l’agriculture. Une partie littéraire est agrémentée de feuilletons signés d’auteurs réputés.

Edouard Fleury réservera une place importante à l’histoire locale et y publiera l’essentiel des découvertes archéologiques faites dans le département.

A ses obsèques, son successeur à la direction du Journal de l’Aisne, Mr Cortilliot dira d’Edouard Fleury « qu’il avait de la presse la plus haute opinion, et précisément parce qu’il la voulait influente et respectée, il la voulait par cela même toute d’indépendance et de sincérité … ».

HISTORIEN

De 1848 à 1874, Edouard Fleury étudiera la période révolutionnaire dans l’Aisne et écrira entre autres depuis sa résidence à Vorges « les Etudes révolutionnaires ». Famines, misères et séditions. Episodes de l’histoire révolutionnaire…de Saint-Quentin…de la Thiérache en 1789. Le Clergé…la Noblesse…du département de l’Aisne pendant la Révolution.

Simultanément, de 1855 à 1878, études, communications et publications vont se succéder.

Parmi celles-ci : l’Inventaire du trésor de la cathédrale de Laon en 1523…les Peintures murales dans les Eglises du Laonnois…La civilisation et l’art des Romains dans la Gaule-Belgique…Les manuscrits à miniatures de la Bibliothèque de Laon … de la Bibliothèque de Soissons (leurs illustrations) …La peste dans les diocèses de Laon et de Soissons…Les peintures murales de Nizy-le-Comte, …

Villa Edouard FLEURY

ARCHEOLOGUE

Dès 1843, il fera état de ses recherches et publiera ses études dans les Bulletins de la Société Académique de Laon, dont il deviendra Président.

Travail et publications sur les découvertes de la période Gallo-romaine, sur les fouilles qu’il a effectuées ou suivies. Parmi celles-ci : Peintures murales, fresques à Nizy-le-Comte ; Mosaïque d’Orphée à Blanzy-les-Fismes ; Mosaïque romaine à Bazoches ; Fouilles et plan du camp romain de César à Mauchamp entre Juvincourt et Berry-au-Bac.

De 1877 à 1882, il publiera une œuvre monumentale en quatre volumes, illustrés de près de 700 gravures : « Antiquités et monuments du département de l’Aisne »

Le premier volume concernera la préhistoire et l’époque gauloise ; le second : les périodes gallo-romaine, mérovingienne, carolingienne ; le troisième : la période romane et la période gothique ; le quatrième : la suite ainsi qu’une description des fresques, des vitraux, des pavages émaillés, des plaques tombales découverts dans ces monuments ou reliés à ces différentes périodes.

Ces ouvrages vont représenter un inventaire inestimable des richesses de notre département.

DESSINATEUR, ILLUSTRATEUR

En plus de ses écrits, Edouard Fleury enrichit ses publications d’illustrations.

En 1859, il présente un catalogue de dessins et gravures sur le département de l’Aisne. Il permet ainsi de compléter utilement les documents écrits. Ses propres paroles : « l’histoire peut se lire autre part et autrement que dans les livres : il faut l’image, … pour un monument : des dessins, … pour une bataille : un plan, … »

Sa femme, formée sous la direction de Henri Breval (graveur réputé de Colligis) à la gravure sur bois, collaborera précieusement à la reproduction des dessins dans les nombreuses publications.

En 1882, Edouard Fleury prévoit de léguer sa collection de dessins et gravures (près de 4.400 documents) à la Bibliothèque Municipale de Laon.

La municipalité, sous le mandat de son maire Jacques Glatigny, refuse le legs, trouvant trop dispendieuse la dépense liée à l’édition d’un catalogue imprimé de la collection…

Et c’est ainsi que la collection sera léguée à la Bibliothèque Nationale. !

L’église de Vorges par Edouard FLEURY

ORGANISATION D’UNE EXPOSITION

En 1882, la Société Académique de Laon adopte l’idée de joindre à l’assemblée annuelle des Sociétés Savantes du Département une exposition artistique rétrospective, limitée aux œuvres d’artistes de l’arrondissement de Laon.

L’exposition comprendra :

· Les œuvres des frères Le Nain et de Berthélemy, peintres nés à Laon (peintures, dessins, gravures, lithographies).

· L’œuvre de Dupré, statuaire et graveur, né à Sissonne (originaux, moulages et gravures)
· L’œuvre de Claude Duflos, graveur, né à Coucy-le-Château (gravures et portraits)

· Les collections des produits des anciennes faïenceries de Sinceny, Rouy et Ognes.

Réunissant des tableaux, des médailles, des dessins, des gravures, faisant venir de précieuses faïences ; classant, cataloguant, organisant, assurant la promotion auprès du grand public et du monde artistique, Edouard Fleury se donna corps et âme à la préparation de cette exposition.

Il touchait au but, le jour de l’inauguration était fixé, lorsqu’au tout début de juillet 1883, un mal foudroyant devait l’enlever à l’affection des siens.

FIN D’UNE CARRIÈRE PARTICULIEREMENT BIEN REMPLIE

Le 4 juillet 1883, Victor Edouard Husson dit Fleury, âgé de 67 ans, Chevalier de la Légion d’Honneur, Officier de l’Instruction publique, époux de Marie-Louise Chevergny, décède en son domicile à Vorges.

Ses obsèques seront célébrées en l’église de Vorges, au milieu d’une nombreuse assistance et des plus hautes personnalités du département.

Le 12 août 1883, l’exposition était inaugurée :

Elle rassemblait 418 faïences de Sinceny, Rouy et Ognes ; 26 médailles, œuvre de G. Dupré (1565-1645) ; 45 gravures de Claude Duflos (1665-1727) ; 19 œuvres du peintre Jean-Simon Berthelemy (1743-1811) ;
79 œuvres, toiles, dessins, gravures et reproductions des frères Le Nain (Antoine, 1558-1648 ; Louis, 1593-1648 ; Mathieu, 1607-1677)

Les personnalités officielles et les membres des Sociétés savantes rendaient un hommage unanime à l’homme disparu pour ses œuvres estimées, ses importantes publications et les précieuses études qu’il avait conduites.

Michel BALLAN

P.S. : Le 29 février 1904, Marie-Louise Chevergny, veuve d’Edouard Fleury, fille de François Stanislas Chevregny, notaire royal et maire de Longueval, née le 21 novembre 1820 à Longueval, décédait en sa demeure de Vorges.

Sources :

- 100e anniversaire de la mort d’Edouard Fleury par Suzanne Martinet (Laon, 1983)
- Antiquités et Monuments du Département de l’Aisne : 4 volumes (Paris, 1877-1882)
- Bulletins de la Société Académique de Laon, Tomes I à XXVII (1843-1883)
- Catalogue de l’exposition (Société Académique de Laon, 1883)